mardi, mars 27 2012

Faut-il avoir peur des Anonymous ?

AnonymousOn en parle de plus en plus depuis quelques mois : le groupe d'hacktivistes "Anonymous" mène de plus en plus d'actions coup de poing sur internet. Ce groupe de hacker, entend dénoncer des projets de lois, des comportements de politiques, voire des institutions. Mais qui sont-ils réellement ? C'est là que la crainte commence à se dessiner : les Anonymous sont... anonymes. C'est-à-dire qu'ils sont tout le monde et personne, ils sont partout et nulle part. Ils peuvent frapper n'importe où, n'importe quand et n'importe qui... On comprend dès lors la peur grandissante, des potentielles cibles de ces attaques informatiques.

Faut-il craindre un groupe humain, dont le leitmotiv est le suivant :

We are Anonymous. We are Legion. We do not forgive. We do not forget. Expect us

Pour tenter de comprendre les Anonymous, et savoir s'ils représentent une menace ou un bienfait, il nous faut étudier d'abord d'où ils proviennent. D'après Wikipedia, leur nom proviendrait du site 4chan, où les posts sont anonymes. Il s'agit donc d'un groupe qui se définit lui-même par le fait qu'il n'ait pas de nom, c'est-à-dire, rien qui puisse lui être une définition.

Si l'on observe par contre, comment se "comporte" ce groupe, il semble qu'on puisse justement le définir par ses actions. Les Anonymous s'attaquent principalement à des sites internet institutionnels ou informationnels de référence et revendiquent ces attaques pour protester contre une loi, une organisation, un système en général. L'alibi donné est souvent celui de la liberté d'expression.

Or, si l'on comprend parfois le raisonnement qui les amène à protester contre une loi qui vient restreindre de manière très ferme, le contenu des communications sur internet, il est plus difficile de comprendre des actions s'attaquant à des journaux (comme l'Express), des institutions (comme le Vatican), des collectivités publiques ou autres... Ces attaques sont le plus souvent de simples actes de protestation contre une politique locale, une philosophie ou une spiritualité, ou encore une manière d'aborder l'information. Ils sont souvent représentatifs d'une individualité et non d'un groupe à part entière.

On pourrait ici faire un lien avec la notion de "désobéissance civile", qui peut parfois prendre la forme d'un délit pénal, lorsqu'il s'agit de protester contre un état de fait injuste (que ce soit du point de vue de la justice naturelle, ou de l'ordre juridique positif lui-même).

Pour Hannah Arendt, la principale différence entre la désobéissance civile et le crime, est le fait que l'une agit ouvertement, publiquement, afin de porter à la connaissance de tous, l'état de fait injuste. La désobéissance n'est donc pas la fin de l'agir, mais la volonté de faire changer un état de fait. Le "désobéissant civil", accepte de supporter les conséquences de ses actes et notamment d'être jugé pour avoir enfreint la loi positive. L'autre, le criminel ou "le délinquant", agit dans le secret et ne souhaite pas que son crime soit découvert par les autorités.

"Le délinquant de droit commun, par contre, même s'il appartient à une organisation criminelle, agit uniquement dans son propre intérêt; il refuse de s'incliner devant la volonté du groupe, et ne cèdera qu'à la violence des services chargés d'imposer le respect de la loi. Celui qui fait acte de désobéissance civile, tout en étant généralement en désaccord avec une majorité, agit au nom et en faveur d'un groupe particulier. Il lance un défi aux lois et à l'autorité établie à partir d'un désaccord fondamental, et non parce qu'il entend personnellement bénéficier d'un passe-droit" Hannah Arendt, Du mensonge à la violence, éd. Pocket, p77

En d'autres termes, le "désobéissant civil" agit pour ce qu'il pense être "le bien commun", éventuellement au détriment de sa propre personne, à l'inverse du délinquant, qui agit seulement pour son bien propre.

Le problème est ici, que nous sommes en présence d'un mouvement qui tient à la fois de l'un et de l'autre. Les actions des Anonymous s'apparentent à de la désobéissance civile, dans le sens où la fin n'est pas vraiment de hacker un site internet, mais plutôt de porter à la connaissance de tous, une situation qu'ils estiment comme injuste.

Par contre, si leurs actes sont publics et revendiqués, le fait que leurs auteurs soient anonymes, c'est-à-dire, insaisissables, les range plutôt dans la catégorie "délinquant", puisqu'ils n'acceptent pas d'être appréhendés pour des actes répréhensibles par la loi. Par ailleurs, la responsabilité individuelle d'un Anonymous devient fongible, dans la responsabilité du groupe. Ces actes de protestations sont donc insaisissables par la justice, et ne peuvent donc pas être rangés dans la catégorie "désobéissance civile".

C'est là que l'on touche au principal problème des Anonymous. En quelque sorte, chaque Anonymous peut s'attaquer, au nom de sa conscience ou de ce qu'il juge vrai ou faux, à une autre personne ou une institution. Le jugement individuel d'un Anonymous, prend donc par son action, une dimension universelle. L'Anonymous se fait juge de l'autre et s'octroie le droit de le punir, au nom d'une morale personnelle. C'est là la ruine de tout l'édifice social, qui s'appuie notamment, sur le renoncement à la justice personnelle.

En fait, nous sommes plus ou moins, dans la logique de la balance des pouvoirs, décrite par Montesquieu dans l'Esprit des Lois. Les Anonymous se veulent une espèce de contre-pouvoir, face à un pouvoir constitué considéré comme corrompu, incapable etc... Si l'on prend en considération la manière dont sont rédigées - dans le secret - certaines lois (SOPA, PIPA etc...), qui visent à obtenir un meilleur contrôle sur internet, on peut penser que cette action est légitime. Les Anonymous portent alors le flambeau de la liberté d'expression sur internet. Leur action est significative, parce qu'ils se focalisent sur une loi qui est, effectivement, contraire à un ordre juridique plus large, notamment la déclaration universelle des droits de l'Homme.

Cependant, comme l'indique Montesquieu, "Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser". Le pouvoir des Anonymous consiste dans le hacking de sites. Le spectre d'action des Anonymous est donc virtuellement sans limite : toute institution est potentiellement la cible d'un Anonymous a qui elle déplairait. Or, il n'y a pas de contre-pouvoir pour équilibrer celui des Anonymous, sinon ce même pouvoir considéré comme corrompu. La boucle est bouclée... Il ne semble pas possible de sortir d'une équation où deux pouvoirs concurrents, étendent leurs emprise de manière illégitime, sans jamais réussir à s'équilibrer.

Ne retrouve-t-on pas également une sorte d'état de nature, proche de la conception de Hobbes, où, lorsque l'ordre du contrat social ne tient plus ses promesses, les membres de la société constituée sont tentés de reprendre leur liberté ? C'est en effet, à peu près ce qu'indique Hobbes dans le Léviathan :

"L'obligation des sujets envers le souverain est censée durer aussi longtemps, mais pas plus, que le pouvoir qui est capable de les protéger, car le droit que les hommes ont par nature de se protéger quand personne d'autre ne peut le faire, n'est pas un droit dont on peut se dessaisir par convention. La souveraineté est l'âme de la République, et quand elle est séparée du corps, les membres ne reçoivent plus d'elle leur mouvement. La fin de l'obéissance est la protection, et quel que soit l'endroit où un homme voit cette protection, que ce soit dans sa propre épée ou dans celle d'un autre, la nature le porte à obéir à cette épée et à s'efforcer de la soutenir." Hobbes, Léviathan, Chapitre XXI

Le problème est que, si certains sortent de l'état conventionnel, et que le souverain n'est plus capable de se protéger de manière légitime, contre les attaques de ces derniers, la seule solution pour les citoyens et de se protéger eux-mêmes. En quelques sortes, la sortie d'un état conventionnel, par quelques uns, entraînent la désagrégation de l'ordre conventionnel. On passe inévitablement d'une République, à une guerre civile (laquelle pourrait très bien se situer uniquement sur internet).

En fait, on retrouve dans le mouvement des Anonymous quelque chose de connu en philosophie politique, mais qu'on avait fini par oublier du fait d'une certaine stabilité du pouvoir et d'un consensus généralisé sur son mode d'exercice. La légitimité du pouvoir repose sur la vertu de celui à qui il est confié et de ceux qui le confient. Sans vertu politique, aucun système politique ne tient longtemps.

Evidemment, il ne s'agit pas de montrer que "c'était mieux avant" : le mensonge, la corruption ont toujours fait partie de la politique et en feront toujours partie. Mais ils étaient auparavant dissimulés. Par ailleurs, les administrations ont eu également tendance, dans une société de plus en plus communicante, à privilégier l'apparence, aux problèmes réels. Nous étions dans une politique "théâtrale". Internet a été un révélateur (plus efficace que la presse libre avant lui) de ces défauts des politiques. Les hommes politiques ne peuvent plus se dissimuler derrière un paravant. C'est pourquoi ils tentent de mettre à mal et critiquent par tous les moyens, cet outil qu'ils croyaient pouvoir maitriser : internet.

Le mouvement des Anonymous, aussi dangereux qu'il puisse être est peut-être un signal fort, de la nécessité de refonder la politique d'Etat, autour du réalisme et de la sincérité. Repartir du connu le plus matériel, pour établir une politique efficace. C'est sans doute, plus que tout autre chose, ce que devraient proposer des candidats, à n'importe quel poste de pouvoir. Il y a fort à parier que, devant une politique sincère et ouverte, une bonne partie du mouvement des Anonymous s'effacerait de lui-même.

En d'autres termes, il faut craindre les Anonymous, car ils sont guidés par une morale individuelle à tendance universalisante. Mais il faut encore plus craindre un système politique où le mensonge et la corruption, visibles ou non, ont pris le pas sur la volonté de rechercher le bien commun.

mardi, février 14 2012

D'Hammourabi à Guéant : le grand jeu des civilisations

Il y a des fois où les réseaux sociaux me désespèrent, pas souvent certes, mais parfois quand même. C'est notamment quand la toile s'enflamme sans réfléchir sur un sujet et quand le réseau (neutre) se fait caisse de résonance de réflexions sans fond. Un bon exemple nous est donné avec la polémique Guéant, à propos des civilisations. Quelle est la faute du ministre ? Avoir affirmé que toutes les civilisations ne se valent pas. De quoi l'accuse-t-on ? De racisme... Mais si j'ai de grands doutes quant à la qualité de l'enseignement littéraire des français, j'ai encore espoir et je me dit qu'ils sont encore capables de faire la différence entre le mot 'race' et le mot 'civilisation'... Visiblement cet n'est pas le cas (sic).

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mardi, octobre 11 2011

Jobs : mort d'un dieu, naissance d'un mythe

Difficile d'exprimer ce que la mort de Steve Jobs, icône de l'histoire de l'informatique a pu susciter comme émotion chez les "Apple fanboys". Difficile de l'exprimer; car eux-mêmes - je pense - auraient du mal à poser des mots sur leurs sentiments. Il ne s'agit pas seulement de la mort d'un être cher semble-t-il, pas plus qu'il ne s'agit de la mort d'une icone du showbiz. La mort de lady Diana avait sans doute suscité des émotions, mais je ne suis pas certain qu'elles soient de même nature.

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dimanche, octobre 9 2011

Internet, la chose publique et la transparence

S'il est un sujet sur lequel les tenants de l'internet libre (dont je fais partie) sont assez tatillons, c'est celui de la liberté d'expression sur internet. Cette liberté est la condition sine qua none, pour que de véritables débats ouverts s'instaurent sur ce médium de communication.

Il y a peu, le monde s'agitait autour de cette question, à propos de révélations faites par le site Wikileaks, ayant mis à disposition des journalistes des "câbles diplomatiques", couverts par le secret. Ces révélations permettaient de découvrir la manière dont les diplomates américains (et seulement américains), ont décrit à leur gouvernement certains événements qui se déroulaient pendant qu'ils exerçaient leurs fonctions. Depuis les commentaires sur des personnalités, jusqu'à l'analyse des événements en eux-mêmes, tout y passe. Piqués au vif, les états n'ont fait ni une ni deux pour tenter de faire taire le malencontreux : c'était - en quelque sorte - leur honneur et leur crédibilité internationale qui était en jeu.

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mercredi, août 19 2009

Internet nous rend-il plus libres ?

On présente souvent internet comme un espace de liberté totale, où aucune règle du monde dit "réel" ne serait applicable : notamment du fait de son caractère décentralisé, à dimension mondiale. Les preuves seraient l'usage fait par certains ressortissants de pays non démocratiques (récemment l'Iran avec Twitter), qui feraient entendre leur voix par ce biais.

Par extension, on considère parfois que l'on peut tout faire ou tout dire sur internet, parce que c'est un espace où la liberté d'expression s'exerce pleinement : on peut tout dire et tout montrer. La technologie ayant une forte résilience, ces personnes pensent qu'Internet est l'espace de liberté par excellence. Aucune autorité ne pouvant à leurs yeux limiter cette liberté.

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mercredi, juillet 15 2009

Travailler le dimanche : une non-solution ?

Depuis plusieurs moi, un projet de loi ressemblant à véritable serpent de mer, fait l'objet d'une polémique silencieuse : personne n'en parle dans les médias traditionnels et surtout pas dans la petite lucarne. C'est sur internet qu'on en parle le plus : comme toujours cette technologie permet d'engager un débat de grande ampleur par voie de blog et sites interposés. Ce projet de loi, est celui prétendant instaurer une libéralisation plus ou moins grande de l'ouverture dominicale des commerces.

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vendredi, septembre 19 2008

Le Web collaboratif : un nouveau "domaine public" ?

Dire que le Web a introduit un "nouveau mode de communication" est un lieu commun que je tenterai d'éviter. Tentons de creuser cette question, en apportant quelques éléments pour comprendre l'ampleur de la nouveauté du Web, mais également un ancrage ou un renouvellement des modes classiques de communication.

Le Web collaboratif est supposé permettre à toute personne de s'exprimer librement sur un sujet, au milieu de ses "pairs". Le "peer to peer" ne s'applique effectivement pas seulement au téléchargement de fichiers, il concerne également le partage d'informations et/ou de connaissances entre des personnes se considérant comme des égaux.

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jeudi, septembre 18 2008

Merci Google...

Bien que j'utilise un grand nombre des outils Google (moteur de recherche, webmail, google docs, picasa, youtube etc...), je ne me vois pas comme le premier fan de cette société. Notamment pour sa tendance à l'hégémonie planétaire. Un comportement qui ressemble fort à celui de Microsoft (que  […]

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